
La température avait été clémente cette année là et ils étaient partis pour le week-end. C'était le dernier week-end avant la fête du travail. Léo, derrière le volant de sa Sonata et Léa farfouillant dans le coffre à gant à la recherche d'une cassette, histoire de se faire un peu de musique. Ils avait remorqué la tente-roulotte derrière et tout filait comme sur des roulettes.
Ils se rendaient chez des amis dans le coin du Lac Mégantic et devaient prendre la Nationnale 112 à la sortie de Sherbrooke.
C'est à Ascot Corner, une quinzaine de kilomètres de Sherbrooke que Léa décida qu'elle voulait arrêter pour se dégourdir un peu. À cet endroit, la route était encore sur double voie. Ils aperçurent un petit garage-dépanneur-restaurant un peu plus loin et Léo mit son clignotant pour transférer dans la voie de droite. Une vieille Chrysler roulait déjà dans cette voie et ne donnait aucun signe de coopération. Léo appuya sur l'accélérateur et la doubla pour s'envoyer dans la travée de droite et par la suite s'engagea dans le stationnement du restaurant.
Arrêtés devant la pompe à essence paralelle à la route, ils regardèrent la Chrysler se coincer droit devant eux à une dizaine de pieds. Une fille et un gars. Ça gesticulait et argumentait fort là-dedans. Bras dans les airs et une couple de poussées. Léo et Léa n'entendaient pas les cris car les vitres étaient fermées. À un moment, le gars se pencha en avant, puis ouvrit brusquement la portière du véhicule. Il en sortit, une grosse chaîne de métal à la main.
Léa eut à peine le temps de remarquer son visage halé parsemé d'un relent de petite vérole ainsi que sa couette de cheveux graisseux lui tombant sur le front. Léo embraya en première et fila à toute allure sur la route, la remorque valsant derrière eux. Ni de un, ni de deux, le gars sauta dans sa voiture et décida de les poursuivre.
- "Il est fou" dit Léa et je n'ai même pas mon cellulaire.
- "J'ai de l'essence en masse" répondit Léo. Il était secrètement exalté par cette chance inespérée de tester la puissance de son moteur.
Il n'était pas question de prendre un chemin de traverse quelconque car, incapable de reculer rapidement à cause de la tente-roulotte, ils auraient été susceptibles d'être pris au piège dans un cul-de-sac. Les arbres, les champs et les collines défilèrent à une vitesse folle pendant plus d'une heure.
Longtemps, ils ont pu voir le petit point noir qu'était devenue la Chrysler loin derrière eux.
Tenace le balafré!
Enfin, à la suite d'un long passage droit, il n'y eu plus de menace dans le rétroviseur et Léo en profita pour prendre une route secondaire à un croisement. Il roula encore un peu et arrêta la voiture sur le bord de la chaussée.
- On l'a semé.
- Oui, on l'a semé.