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mardi 2 juin 2009

Désolance



"Son père ne pouvait pas avoir la maladie d'Alzheimer comme tout le monde. Les accès ont commencé soudain il y a quatre ans. La mère de Phillip l'avait entendu appeler depuis la chambre à coucher, où il s'habillait :
-- Celia! Je ne peux pas passer les jambes dans cette saloperie !
En entrant, elle l'avait trouvé tentant d'enfiler le pied dans une manche de chemise.
Depuis, ça change tout le temps. Il y a eu une période pendant laquelle il était comme un enfant, un contemporain de Lisa, un animal domestique, docile. Sauf que les animaux domestiques ne fondent pas en larmes quand ils se rendent compte qu'ils sont des animaux domestiques. Phillip n'arrive pas à oublier le jour où, assis sur son lit, sanglotant, il a tenu dans ses bras son père qui sanglotait. Il y a eu des périodes de démence, aussi. Un jour, il aurait pu jurer qu'une inconnue jouait le rôle de son épouse.
Ce qui est dur, c'est de ne pas savoir à qui on aura affaire quand on demande son père." (Howard Buton, C'était mieux avant p. 108) Editions de l'olivier

mardi 2 octobre 2007

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur



Je suis en train de lire une merveille! J'en suis qu'au tout début et chaque page, chaque paragraphe, chaque phrase et chaque mot se savourent comme du sucre à la crème. C'est le livre qui apparaît dans la collone de droite. Harper Lee...Je ne connais pas cette auteure. Je fais une recherche sur Wikipedia et voilà:
"Nelle Harper Lee dite Harper Lee (née le 28 avril 1926 à Monroeville dans l'Alabama) est une écrivaine américaine particulièrement connue pour son roman To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur), Prix Pulitzer en 1961 dans la catégorie fiction."
Et bien! Mais j'ai vu ce film quand j'étais petite. On nous l'avait fait visionner à l'école. Tout ce que je me rapelle c'est Grégory Peck. Comme le monde est petit!
Moi qui, quand j'entreprends un auteur, lit tout ce qu'il fait, il semble que je vais ici rester sur mon appétit; elle se cache et n'est pas rejoignable. On dit qu'elle aurait écrit des tonnes de romans jamais publiés ou peut-être sous un pseudonyme. Zut alors, du moins me reste-t-il quatre-cent pages que je vais tenter de parcourir le plus lentement possible pour faire durer le plaisir.

Voici quelques petits extraits tirés du début du livre.
Ici la narratrice à cinq ans et nous parle de ses jeux d'enfant.

"La maison des Radley le fascinait. Malgré nos avertissements et nos explications, il se laissait attirer comme un papillon par la lumìère, mais il se tenait à distance respectueuse, n'allant pas au-delà du réverbère du coin. L'entourant de ses bras, il restait là, plongé dans un abîme de réflexion."
"Le bâtiment formait un angle qui se prolongeait jusque derrière notre jardin."
"À l'intérieur vivait un spectre malveillant. Les gens prétendaient qu'il existait, mais Jem et moi ne l'avions jamais vu."
"Jem ouvrit la grille, se précipita vers le côté de la maison, y appliqua sa paume et repassa devant nous en courant, sans prendre le temps de s'assurer du succès de son incursion. Dill et moi sur ses talons. Une fois en sécurité sur notre véranda, à bout de souffle, nous nous retournâmes"
"La vieille maison était toujours la même, affaissée et mal en point, mais il nous sembla distinguer un mouvement furtif à l'intérieur. Trois fois rien. Un minuscule frémissement, quasi imperceptible, et plus rien ne bougea."

"Lorsque je demandai à Jem ce qu'était une hypothèque et qu'il m'eut expliqué que cela signifiait qu'on n'avait plus que des repas hypothétiques..." (hehe elle est pas pire celle-là)

mardi 18 septembre 2007

Un été à Sacramento (Raymond Carver)



On dit de Carver qu'il a réinventé l'art de la nouvelle (j'ai toujours aimé ce genre littéraire) et qu'il a dressé une nouvelle cartographie émotionnelle de l'Amérique. Il a vécu dans la misère et la pauvreté; écrit entre deux cuites et deux déménagements. Ses personnages sont ordinaires, sans passé, ni avenir.
Voici un court poême qui décrit bien l'ambiance général de son oeuvre.


UN ÉTÉ À SACRAMENTO

nous sommes branchés voiture ces jours-ci
ma femme a des vues
sur une Pontiac Catalina cabriolet de 1972
avec sièges baquet direction assistée et tout
mais quant à moi je guigne une petite Oldsmobile
Cutlass rouge et blanche de 1971 pneus bicolores
climatisée pas trop de km au compteur
et qui coûte 500 dollars de moins

pourtant j'aime les décapotables moi aussi
nous n'avons encore jamais eu une bagnole vraiment chouette

nous avons payé presque toutes nos factures
& il nous reste largement de quoi nous offrir une voiture
pourtant
2000 dollars ça fait un beau paquet
il y a un an si on avait eu une somme pareille devant nous
on se serait barrés au Mexique aussi sec
le loyer tombe jeudi prochain
on le réglera rubis sur l'ongle
ah nom de dieu ça fait du bien
de pouvoir affronter ses responsabilités

le 25 mai pour mon anniversaire
on a claqué plus de 60 dollars dans la soirée
restaurant avec vin et cocktails
plus la séance de cinéma
pendant le dîner on n'a rien trouvé à se dire
mais on a échangé des tas de
sourires

ces temps-ci nous allons beaucoup au cinéma

vendredi soir
j'ai rendez-vous avec une fille
que je vois de loin en loin depuis Noel
rien de bien sérieux
de mon côté
mais on s'envoie en l'air comme des dieux
& je suis flatté
des petites attentions qu'elle a pour moi
& flatté aussi
qu'elle soit toute disposée à m'épouser
dès que j'aurai été à Réno divorcer

il faudra que j'y songe en effet
il y a quelques jours
une jolie femme que je n'avais encore jamais vue
qui disait s'appeler Sue Thompson
et être ma voisine
est venue frapper à ma porte pour m'annoncer
qu'on avait vu le gamin de quinze ans
à qui elle sert de mère d'accueil
soulever la jupe de ma fille de sept ans

le juge pour enfants qui le suit
aimerait poser quelques questions à ma fille

hier soir on était au cinéma une fois de plus
dans le hall un homme d'un certain âge m'a posé
la main sur l'épaule en disant :
eh, Fred, où tu vas comme ça?
j'ai répondu, mon vieux,
vous vous gourez de mec

ce matin au réveil
je sentais encore sa main là

presque

Raymond Carver / N'en faites pas une histoire

mardi 28 août 2007

La similitude des Grands

Je lisais la biographie de Raymond Carver sur le site de Wikipedia et il n'est pas étonnant de constater qu'il a été congédié du Science Research Associates où il occupait un poste de rédacteur à cause de son "style d'écriture innaproprié" (too many active verbs). Ça me fait rigoler. On disait la même chose de Mozard (too many notes). La similitude n'a d'égale que la distinction.

Au prix de quels sacrifices devient-on Raymond Carver? Alcoolisme et boulots minables...

Été dans l'Iowa

Le petit livreur de journeaux me secoue pour me réveiller.
"Je rêvais que tu allais venir", lui dis-je en me levant. Il est accompagné d'un gigantesque Noir de l'université qui a visiblement envie de me taper dessus. Je gagne du temps.
La sueur ruisselle sur nos visages; debout nous attendons.
Je ne leur offre pas de siège et personne ne parle.

Ce n'est que plus tard, après leur départ,
que je m'aperçois qu'ils m'ont amené une lettre.
C'est une lettre de ma femme. "Qu'est-ce que tu fais là-bas?" me demande-t-elle. "Est-ce que tu bois?"
J'étudie le cachet de la poste pendant des heures.
Et puis il commence à se brouiller aussi.
J'espère oublier tout cela un jour.

(Raymond Carver /Les feux)

dimanche 5 août 2007

Biscuits Soda

Sur mon myspace (j'en reviens encore à ça ) il y a un chef d'orchestre symphonique sympatique qui m'a demandé d'être son amie. Ça m'a beaucoup impressionné. Il a travaillé avec Cher, Paulo Coelho (dans The Alchemist Symphony) et compose pour Venessa Mae (la violoniste). Donc ça m'a donné la chance de trouver Paulo Coelho et de l'ajouter à mes amis. Tout ça pour me faire penser à Raymond Carver (1938-1988) dont voici un petit poême:



BISCUITS SODA

Ô biscuits soda ! Je me souviens du jour
où je suis arrivé ici sous la pluie,
seul et mort de fatigue.
De la façon dont nous avons partagé
le calme et la solitude de la maison.
Et des doutes qui me tenaillaient
m'habitaient tout entier
lorsque je vous ai sortis
de votre gangue de cellophane
pour vous déguster, pensivement,
le soir où je me suis assis pour la première fois
à cette table de cuisine, avec du fromage
et du velouté aux champignons. C'était
il y a tout juste un mois,
mais une part importante de nous
est restée là. Moi, je me porte comme un charme.
Et quant à vous . . . Oui, je suis fier de vous aussi.
Voilà même qu'on parle de vous dans
un livre ! Tous les biscuits soda
n'ont pas cette chance.
Finalement, on s'en est plutôt bien
tirés. Vous m'entendez ?
Je n'aurais jamais cru
qu'un jour je discourrais ainsi
sur des biscuits soda.
Mais je veux que vous le sachiez :
les beaux jours et le soleil
sont enfin là.

(N'en faites pas une histoire p. 106) Éditions de l'Olivier